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Encourager les locomotives : pour un secteur intergénérationnel

Dans un secteur en reconstruction, l'entraide entre les artistes de carrière et ceux de la relève est plus cruciale que jamais pour redonner une pleine santé aux rouages de la danse au Québec.



L'une des conséquences les plus palpables de la pandémie sur l'industrie des arts de la scène au Québec aura certainement été ce besoin exacerbé de réinventer le secteur. Encouragé par les gouvernements, cette énergie s'est intégrée aux pratiques alors que l'interruption des activités a autant forcé à la créativité qu'elle a ouvert des possibles parfois improbables. L'arrivée massive de nouvelle main d'œuvre a également amené des regards neufs - quoique moins expérimentés - sur la chaîne de diffusion. Ainsi, alors que les programmations voient doucement leur engorgement s'étioler, ces nouvelles lunettes se déposent sur le nez des institutions qui veulent rivaliser d'innovation pour rameuter les publics encore trop absents. Dans cette situation, le renouveau et l'originalité sont souvent pris au pied de la lettre, au détriment des usages et des visions qui font la force de notre secteur.


Ainsi, certaines scènes programment de jeunes compagnies en tête d'affiche, motivée par leur envie de sang neuf tout autant que l'influence des effets de mode. Les compagnies d'expérience - parfois davantage connues à l'international qu'ici, parfois moins habiles avec le jeu des réseaux sociaux - se voient ainsi reléguées au second plan. Les structures encore jeunes des compagnies émergentes se trouvent surmenées par l'impressionnante machine de la diffusion, alors que les structures fortes des institutions prennent la poussière en roulant au ralenti et, incidemment, s'en trouvent fragilisées. Avec une relève qui se brûle trop souvent dans ce baptême de feu et des artistes de carrière dont les braises ont besoin d'air pour continuer d'alimenter la flamme de plusieurs, le secteur se retrouve débalancé, risquant une reprise plus difficile à maintenir allumée (c'est terminé avec les images de feu, c'est promis).



Dans ce contexte et en toute subjectivité, CAPAS se réjouit de voir la Compagnie Marie Chouinard - qu'il représente au Québec - ouvrir le prochain rendez-vous professionnel d'envergure Parcours Danse. Mais au-delà de notre propre intérêt, nous saluons avec enthousiasme cet engagement d'une importante plateforme en art vivant à s'appuyer sur des artistes d'expérience pour la reprise du secteur.


C'est en effet en encourageant les locomotives du secteur de la danse - ces compagnies ayant faites leurs preuves au cours des dernières décennies - et leur effet d'entraînement que se fortifiera autant la relève que tous les acteurs du milieu. Les modèles artistiques éprouvés et les structures organisationnelles solides de ces compagnies offrent une opportunité de réintéresser le public à travers des créations fortes qui sauront faire circuler une œuvre réussie ou éponger une tournée moins profitable. Ces institutions ont cependant elles aussi subi les contrecoups de la pandémie, et voient leur survie compromises si elles n'ont pas le soutien nécessaire pour traverser la reprise. En reprenant leur place de locomotive, ces Ballets Jazz Montréal et autres Nederlands Dans Theater venus d'ici et d'ailleurs pourront se refaire la santé organisationnelle nécessaire afin de défricher le chemin pour les compagnies plus jeunes, de leur servir d'exemple à suivre et éventuellement - quand la maturité et la solidité seront raffermies - de figure à défier et à remplacer dans l'écosystème de la danse.


D'autant plus que les organismes d'expérience jouent un rôle essentiel dans le renouvellement du secteur : que ce soit par l'incubation et le mentorat offert par certaines compagnies telles que la Compagnie Flak de Josée Navas auprès du jeune chorégraphe Charles-Alexis Desgagnés, par les commandes chorégraphiques d'artistes en début de carrière comme Ballets Jazz Montréal pour Ausia Jones dans le triptyque ESSENCE ou par la fortification de la communauté à travers les Prix de la danse de Montréal, les institutions déploient différentes stratégies pour participer à la vitalité et au renouvellement du secteur. Pour CAPAS, propulser Marie Chouinard, Virginie Brunelle ou Ismaël Mouaraki, c'est faciliter l'insertion du JOAT en tournée et de Charles-Alexis Desgagnés pour leur assurer à chacune et chacun une carrière foisonnante, peu importe le stade où elle en est.


Cette circularité de la discipline de la danse, si elle n'a rien de nouveau, est certainement plus nécessaire que jamais. La cohabitation entre émergent et établis contribuent depuis toujours à une saine émulation artistique. La relation intergénérationnelle au sein de l'écosystème doit être nourrie dans l'ouverture pour que la nouveauté continue de pousser sur une fondation solide et vivante. Institutions et relève continueront ainsi de se compléter en s'offrant mutuellement stabilité et fraîcheur, pérennité et réinvention.

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