2 ans d’IA chez CAPAS : retrouver le temps pour l’autre
- Mickaël Spinnhirny

- 23 janv.
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 5 jours
Depuis 2023, CAPAS a intégré ChatGPT à ses outils journaliers. Maintenant, l’organisme sait l’utiliser pour cultiver ce qui compte vraiment : l’humain.
Pendant longtemps au sein de CAPAS, certaines tâches prenaient plus que du temps; elles grugeaient de l’énergie. Une énergie diffuse, difficile à nommer, mais bien réelle : celle qui s’use dans la répétition, dans la gestion de l’urgence, dans l’impression de toujours devoir rattraper des journées qui s’égrainent trop vite. Les courriels, les subventions, la planification, les suivis de réunions ne sont pas, en soi, des problèmes. Ce qui pèse, c’est leur accumulation, leur poids symbolique, la manière dont elles colonisent peu à peu l’espace mental jusqu’à réduire la capacité à penser au-delà de l’immédiat.

Un gain significatif : celui du temps ensemble
L’arrivée progressive de l’intelligence artificielle dans notre organisme n’a pas transformé la nature de ces tâches, mais plutôt leur charge énergétique. En deux ans, certaines activités récurrentes ont vu leur poids diminuer de manière très concrète, parfois de 40 à 50 %. Ce chiffre est un indicateur parlant : moins de temps passé à produire mécaniquement, moins d’énergie absorbée par des actions à faible valeur ajoutée. Et donc, plus de temps pour l’humain.
Là où l’équipe consacrait auparavant une grande part de son énergie à maintenir les opérations à flot, elle a progressivement pu la réinvestir ailleurs. Non pas pour faire plus, mais pour faire mieux. Les relations entre collègues et client·es ont cessé d’être comprimées entre deux urgences. Prendre le temps d’un échange avec un·e artiste ou un partenaire n’est plus vécu comme un luxe, mais comme une part centrale du travail. Ce sont précisément ces moments-là qui donnent sa qualité et sa justesse à l’accompagnement artistique.
Tâches répétitives : Enlever le fastidieux, faire émerger le précieux
La rédaction des demandes de subvention, longtemps vécue comme une épreuve de concentration et de conformité, est devenue un espace plus stratégique. L’IA permet d’alléger la charge de formulation et de structuration. En retour, l’équipe peut consacrer son énergie à ce qui ne peut être délégué : le sens du projet, la cohérence des intentions, la vision à long terme. L’effort se déplace vers ce qui demande une intelligence située, une connaissance fine des contextes, des artistes, des écosystèmes. Ce pour quoi nous aimons notre travail.
Même chose pour la planification et l’organisation. Là où ces tâches mobilisaient une attention fragmentée, souvent source de fatigue décisionnelle, elles sont désormais plus fluides. L’énergie mentale libérée permet de penser les calendriers autrement, d’anticiper plutôt que de réparer, de faire des choix plus justes parce qu’ils ne sont plus dictés uniquement par l’urgence. Cette capacité à anticiper, s’il est moins visible, est l’un des gains les plus précieux.
Plus humain·es que jamais
Peu à peu, un changement profond s’est opéré dans la dynamique de l’équipe. Moins de tension diffuse. Moins de sensation d’être constamment en retard sur sa propre pensée. Plus de continuité dans le travail, plus de clarté dans les priorités, les stratégies, les idées d’innovation. ChatGPT, intégrée dans nos outils internes à travers l’application et Atlas, apparaît comme un soutien silencieux qui absorbe une partie de la charge cognitive.
Ce qui se joue ici, c’est une redistribution de l’énergie vers les zones où l’humain est irremplaçable : l’écoute, la relation, la vision, la prise de décision, la capacité à relier des enjeux artistiques, institutionnels et humains. Une équipe libérée de par l’aliénation des tâches vides travaille autrement. Elle est plus attentive aux nuances, plus présente dans les relations qu’elle tisse.
Qu’est-ce qu’une équipe culturelle fait de mieux quand elle n’est plus constamment surstimulée ? Elle accompagne mieux. Elle pense plus loin. Elle prend des directions qui ne sont pas uniquement dictées par la survie à court terme, mais par une vision durable du travail artistique. Ce constat se mesure non pas seulement en chiffres, mais dans la qualité du quotidien, dans le sentiment que l’énergie collective est utilisée là où elle a du sens. L’IA dans ce contexte n’est ni une révolution ni une solution magique; elle est un outil parmi d’autres, qui a permis de déplacer le centre de gravité du travail.



