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Vœux 2026 : Nous ne sommes plus tout à fait humain·es

  • Photo du rédacteur: Mickaël Spinnhirny
    Mickaël Spinnhirny
  • il y a 3 jours
  • 4 min de lecture

En ce début d’année, CAPAS pose un regard réflexif sur le contexte actuel, les défis à venir et les pistes pour les appréhender.


Vœux CAPAS 2026 Robot

Nous ne sommes plus tout à fait humain·es.


La place grandissante prise par l’IA, les conflits internationaux qui s’invitent jusque chez soi, la complexité morale de la consommation : nos opinions et nos choix n’ont jamais autant façonné notre quotidien. L’époque de la post-vérité est bien là : un texte ou une image peut se générer en un tour de main, plus vraie que vraie, et influencer le cours de l’histoire. Les certitudes se font rares, la simplicité n’existe plus.


La facilité, elle, a pris toute la place : dans les discours politiques populistes, dans les finances gérées en théorie sans considérer les impacts terrains, dans le retour des rhétoriques polluantes quand le chemin durable devient inconfortable. Parce qu’il est là le vrai enjeu : une quête de confort toujours plus douillet, où le compromis devient insupportable, où le bonheur collectif à long terme est sacrifié pour la satisfaction individuelle à court terme. Notre patience a réduit sa limite, notre attention rétrécit à vue d’œil, nos idées n’acceptent plus d’être mises à l’épreuve. Rien n’est plus difficile que de sortir de chez soi. Parce qu’on s’y est construit un abri chaud, Netflix et Amazon l’ont bien compris. Et parce que dehors, tout semble sur le point de s’écrouler.


Dans ce flou ankylosant, la culture demeure un point d’ancrage à l’identité. Qui nous sommes, ce que nous voulons être, ce qui est vrai et ce qui devrait l’être restent présents, enfouis sous les scandales et les notifications push. 


Notre force, c’est l’effet rassembleur, l’électricité d’une salle vibrant par la force d’un spectacle, cette décharge de dopamine inimitable, qu’aucun réseau social ne pourra jamais remplacer. Notre force, c’est entretenir notre sens critique, avancer dans le monde les yeux ouverts, se servir des nouvelles technologies pour l’aiguiser plutôt que l’émousser. Notre force, c’est s’exiger mieux tout en prenant soin de nous. Nous pouvons résister à l’appât du facile pour célébrer le complexe : nos relations sont belles quand elles sont profondes, nos histoires sont importantes quand elles sont nuancées, nos spectacles sont puissants quand ils sont peaufinés, diffusés, pérennisés.


Il faut dompter la bête IA pour la mettre à notre main : comprendre la règle pour mieux la dépasser. Profiter d’un outil qui nous permet de reprendre le dessus sur le manque de ressources et réinvestir le temps gagné en réflexions, en créations, en lumières et en ouvertures sur ce monde. Nous saurons garder ce regard critique nécessaire pour protéger notre expertise. Nous saurons utiliser cette ressource avec humilité et respect. Nous saurons comprendre que la qualité de l’outil dépend de notre usage. Nous saurons apprendre à marcher sur les ponts numériques pour nous serrer réellement dans nos bras. Il n’en tient qu’à nous.


Nous devons continuer de nous rencontrer physiquement et d’humaniser les transactions culturelles – les dernières qui habitent le réel. Se souvenir qu’il faut faire battre le cœur des diffuseurs pour se rendre à celui des artistes. Conserver la chaleur des poignées de main, des haleines gonflées de rires et de questions pour cette œuvre qui passionne, frôler les épaules de son voisin de siège pendant qu’on découvre un spectacle éblouissant.


Nous pouvons encore résister au recul : être celles et ceux qui croient encore en un monde durable, qui encouragent les efforts pour pérenniser nos ressources, nos finances, nos communautés, nos écosystèmes culturels et naturels. Ne pas se laisser avoir par l’illusion du défaitisme, ne pas sauter en bas du pont parce que les voisins du sud l’ont fait. Tatouer sur la peau du Québec et du Canada ce rappel qui s’effrite trop vite quand la panique s’installe : un dollar investi en culture rapporte presque trente fois plus, et ce, sans compter les retombées sociales.


2026 doit être une année de fédération, où les unions créent des forces surhumaines, qui soulèvent nos idées et supportent notre milieu. Faire passer le courant électrique d’un bout à l’autre de la chaîne pour se donner l’énergie financière, sociale et créative d’avancer. La culture a toujours été un rempart contre les temps sombres – souvenons-nous de la pandémie, où chaque manifestation artistique était une oasis dans le désert de la distanciation. Il faut être le verso de leur recto, la réunion des possibles qui leur donne une raison de s’éloigner des écrans et de toucher à cette chose immuable : la connexion.


Nous ne sommes plus tout à fait humain·es : nous sommes un peu cette salle que nous adorons, un peu cette œuvre qui nous a fait aimer les arts vivants. Nous sommes fait·es de culture et de rencontres. Nous sommes des défis relevés, des tempêtes traversées, des espoirs réalisés. Nous sommes un peu plus chaque jour ce dont le monde a besoin pour se relever, pour s’élever. Cultivons notre humanité, en pleine conscience de ce dont notre société est faite aujourd’hui et bâtissons une maison rassembleuse d’où il fait bon sortir.

 
 
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